vendredi 2 décembre 2016

Une invitée dans la série des Mots Aimants - les vases communicants de décembre

Ce vendredi, j'accueille ici le texte de Rixile pour les Vases Communicants ; nous sommes partis de la série amorcée il y a quelques mois sur ce blog, les mots aimants.
 
      - Vases communicants ?
C'est, chaque premier vendredi du mois, un échange de textes, voire d'images ou de sons, entre deux sites/blogs volontaires. J'écris chez toi, tu écris chez moi.
Ce sont des rendez-vous qui s’opèrent notamment grâce au groupe Facebook dédié,et au blog qui, mensuellement, regroupe tous les échanges.
      - Les mots aimants ?
Ils sont 192 mots aimantés, dans leur boite.
Lorsqu'on les remet dans l'ordre (ou bien qu'on les mélange, question de point de vue), ils forment "Je pense à toi" et "Au soleil", deux Poèmes à Lou de Guillaume Apollinaire.
Ils sont 192 mots aimantés, donc. Un réservoir de messages potentiels, une citerne à la fois profonde et bien réduite. Qu'en faire ?

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Des Mots Aimants #4 - Texte : Rixile




je voudrais être ton poème
au souvenir sans voix
à l'heure d'un ciel
(où) cesse toute blessure

heureuse comme la luzerne au soleil
je sens ma bouche qui éclate
dans mes mains ta nuit
je vois courir mes cheveux

les corps sont lourds comme les étoiles
nous sommes (l') ombre des souvenirs
les sabres font sonner le soir
je quitte ton image et nos soleils gracieux

vendredi 4 novembre 2016

Salle de Réunion : Sylvie Pollastri invitée

Les vases communicants continuent, même à effectifs réduits.
Vases communicants ?
- C'est, chaque premier vendredi du mois, un échange de textes, voire d'images ou de sons, entre deux sites/blogs volontaires. J'écris chez toi, tu écris chez moi.
- Ce sont des rendez-vous qui s’opèrent notamment grâce au groupe Facebook dédié,et au blog qui, mensuellement, regroupe tous les échanges.
 
Ce vendredi, j'accueille donc ici le texte de Sylvie Pollastri. Nous sommes partis d'un thème très simple : Salle de Réunion.

« B…jour… »

Ma voix s’évanouit entre les chaises tandis que je pénètre dans la pièce. Quelqu’un est déjà là. Au bruit de mes pas – j’ai pourtant pris soin de mettre mes chaussures dont la semelle est de caoutchouc – plus que de mon inaudible voix au souffle mourant, il lève légèrement la tête. Regard absent. Visage impassible. Je baisse les yeux, cherche une place impossible et fait presque le tour de la grande table. Fenêtre ou bibliothèque ?

« Vous êtes... », dit-il, comme s’il devait cocher une liste.

J’opte pour la plante verte, m’imagine que je me suis trompé, de jour, d’heure, de lieu, de ville et j’ai déjà tout oublié. La plaque à l’entrée m’avait fait sourire. Dois-je aller le saluer ?

« Jean-Michel Leurat, ench...té… »

Je ne sais si c’est de l’asthme ou le reflux de la mitrale. Ça fait boum dans ma poitrine, crac dans ma tête, bing dans mes jambes. Ou le contraire. Peut-être la fenêtre. L’autre se détend brusquement. Il range les quelques feuillets qu’il consultait et me sourit. À peine, certes. J’ai juste le temps de lire cette mimique si caractéristique dans les traits d’un visage anonyme mais bonhomme. Je m’assois. Entre la plante verte et la fenêtre. J’aurais peut-être dû prendre un café avant. Avant la…

On compte les minutes. Quelques-unes. Pas trop quand même. La porte s’ouvre, se ferme, s’ouvre, se ferme, s’ouvre… pas, voix, bruits de chaises, bruits divers provenant du couloir. On sent qu’ils se connaissent tous, par les gestes, les regards, les mots de connivence. Enfin, il n’y a pas toute cette amicale solidarité que les nombreux visages avenants laisseraient croire. « J’étais au Japon ! Un tout autre monde ! Toute une autre façon d’envisager les relations humaines derrière leur indéfinissable courtoisie. Tout est question d’honneur ! » « Mais c’est vraiment un imbécile ! Il ne comprend jamais ce que je lui dis ! » « Quel plaisir ! » « Cette veste-là, sans nul doute, vous ira ! » « J’attends encore un peu et j’appelle ! » « Non ! Envoie un texto ; tu aviseras ensuite ! » « Le Japon est vraiment merveilleux. Vous savez, ils ne connaissent pas le pêché comme nous ! L’honneur ! L’honneur ! Et la confession publique ! » « Les épaules ne sont-elles pas trop carrées ? » « Toujours pas répondu à mon texto » « Quel imbécile ! » « Il est sans doute occupé ». Tout ce quant-à-soi qui me place hors du jeu, loin, ailleurs, étranger. Personne ne m’adresse la parole. C’est peut-être mieux ainsi. J’ai la tête en coton. Vvvvrrrrrrr…. Tttttrrrrrrr… puis les chaises cessent de faire de la musique.

Puis il prend la parole.

« Bien, tout le monde est là. Nous pouvons commencer. Je vais laisser la parole au chef du service des urgences. Jean-Michel… »

J’ai la tête ailleurs. Bien loin. À la Réunion.

Sylvie Pollastri

mercredi 2 novembre 2016

Parution ce jour : Millimètres

Le voilà. Couché sur papier, par les bons soins des éditions publie.net.
Millimètres est un recueil, initialement paru en format numérique, qui peut demander à être un peu apprivoisé.
C'est un ensemble de textes qui se répondent l'un-l'autre, qui se renvoient à eux-mêmes. Ça parle de distance à soi et aux autres, du fil de nos pensées qui nous échappent, parfois, et que l'on voudrait guider, ça propose des portraits, souvent à l'économie de mots, ça parle du fait de tenter d'écrire de la poésie, aujourd'hui.


(pour l'achat du livre papier, la version numérique est offerte. Le recueil donne aussi accès à de multiples plages sonores.)


 

dimanche 23 octobre 2016

Des mots aimants #3

Ils sont 192 mots aimantés, dans leur boite.
Lorsqu'on les remet dans l'ordre (ou bien qu'on les mélange, question de point de vue), ils forment "Je pense à toi" et "Au soleil", deux Poèmes à Lou de Guillaume Apollinaire.
Ils sont 192 mots aimantés, donc. Un réservoir de messages potentiels, une citerne à la fois profonde et bien réduite. Qu'en faire ?
 


vendredi 23 septembre 2016

Poitiers, rue Mary Anderson

Mes emplettes faites, j'ai traversé la place Olympe de Gouges, avant de rallier la rue Mireille Barriet, d'où j'ai pu bifurquer vers la rue Mary Anderson.

Mary Anderson ? Mais si, vous connaissez cette bienfaitrice, inventeuse de l'essuie-glace.

Ça n'aurait pas été mon cas, sans cette opération de street-art visant à attirer l'attention des passants sur la place des femmes dans l'espace public.Tout cela se passe avant, pendant le (...et donc grâce au) festival Les Expressifs, qui aura lieu entre les 6 et 9 octobre 2016. 
Et qu'apprend-t'on, lorsque l'on consulte le site des Expressifs, et que l'on arrive sur la page idoine ?

En France, sur 63500 rues, réparties dans 111 communes françaises, seulement 2% des rues portent des noms de personnalités féminines.

Bigre, donc. Lors des prochaines averses au volant de mon véhicule, j'aurai une petite pensée pour Mary Anderson.

vendredi 3 juin 2016

И потом : accueil d'Hélène Verdier, en ces vases communicants de Juin.

Vases communicants ?

- C'est, chaque premier vendredi du mois, un échange de textes, voire d'images ou de sons, entre deux sites/blogs volontaires.

- Ce sont des rendez-vous qui s’opèrent notamment grâce au groupe Facebook dédié,



c'est désormais Marie-Noëlle Bertrand qui dresse, (merci !), le carnet de bal.
Ravi, donc, de ré-accueillir Hélène Verdier, dont les images et les mots arrivent toujours à faire mouche ; ou alors, j'ai réussi à louper les fois où ça n'était pas le cas. Ce qui est une autre gageure.
Nous sommes partis de l'image, pour cet échange. Nous nous sommes envoyés de belles salves de photos, n'en avons retenus que trois chacun, et avons bâti de la fiction autour.

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И потом
 
Texte : Hélène Verdier
Photos : F.Bonneau

Alexandre Nevski 
Lorsque l'homme demanda à l'enfant-chou de choisir une image, ce dernier tomba en arrêt devant celle du guerrier coiffé d'un heaume. Qu'il fût de cuir importait peu, il ne voyait que le métal percé et repercé, les mailles de fer, les yeux d'un guerrier blond, les infinis glacés, les accolades avant la mort, et surtout il entendait la bande-son. Son visage regardait vers l'ailleurs, l'enfant-chou se taisait.



И потом ? l'enfant resta muet. 
Lorsque plus tard, une nouvelle fois, il regarda le film, il tenta en s'aidant des sous-titres d'entendre quelques mots de la langue sitôt apprise sitôt perdue. Et il ne reconnut que ces deux-là. И потом. Et Après ? I patóm, phonèmes d'un autre lieu, d'un autre temps, et tout l'épique de l'enfance lovés, là.

L'enfant chou
L'enfant devenu grand gardait aussi dans un repli de sa mémoire-chou les cours de russe dans l'arrière-salle d'un café, aujourd'hui rasé,  au pied de l'Esplanade, pour laisser place à un tunnel-toboggan autoroutier dans la ville où devait pousser par la suite, et en ce même lieu, un Corum — où l'on donnerait  du Prokofiev. 
Il pensa à Monsieur Skolaroff, le professeur exilé que le destin qui n'y voyait malice avait conduit à apprendre le russe aux sympathisants de la révolution d'octobre dans l'arrière-salle verte du café où se tenaient les cours, et sans doute parfois les réunions de la Cellule. L'homme-chou entendit alors le professeur dire ces mots : И потом...
Le cerveau de l'homme-chou, parmi d'autres cerveaux
Et après, rien... l'enfant-chou avait remisé les souvenirs des cours de russe comme un trésor inexprimé dans la tirelire en forme de cochonnet qu'était le cerveau de l'homme-chou. L'un et l'autre ne faisant qu'un, ils songèrent à l'abolition des privilèges et à celle de l'exploitation de l'homme par l'homme. Le monde n’avait pas changé de base.

vendredi 6 mai 2016

Une liste en mai - Marianne Desroziers pour les Vases Communicants

Vases communicants ?
- C'est, chaque premier vendredi du mois, un échange de textes, voire d'images ou de sons, entre deux sites/blogs volontaires.

- Ce sont des rendez-vous qui s’opèrent notamment grâce au groupe Facebook dédié,
c'est désormais Marie-Noëlle Bertrand qui dresse, (merci !), le carnet de bal.

Accueil, en ce début mai, de Marianne Desroziers, avec laquelle nous avons décidé d'explorer l'idée de liste. Voici la sienne, ci-dessous. 
Ma contribution sera très prochainement lisible Ici, chez Marianne.


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LA MUSE MODERNE ET L'HOMME JASMIN - Marianne Desroziers

La Muse moderne
L'Ange de l'anarchie
La Cafarde
Aveux non avenus
Cause éloignée d'une lutte infinie
A l'Auberge du cheval de l'aube
Le cornet acoustique
Gouffres amers
L'Alcôve, intérieur avec 3 femmes
Petit sphinx ermite
Rêve du 21 décembre
La Harfang des neiges
Somnambule
Et la vie à nouveau
Le Déjeuner en fourrure
L'oreille de Giacometti
La grue tâchetée
Vol de minuit
Dons des féminines
La sauterelle arthritique
Le Feu maniaque
Cristaux d'espace
Oneiroscopiste
J'ai vu 3 villes
Le 1er mars les corbeaux commencent leur recherche
Les petites amoureuses
La Tanière abandonnée
Cache-toi, Guerre!
Marionnettes végétariennes
La naissance des oiseaux
Sombre Printemps
L'Homme Jasmin

Le texte ci-dessus est une "liste-poème" constituée de titres d’œuvres des femmes artistes surréalistes suivantes :
AGAR, Eileen : La Muse moderne (1934), L'Ange de l'anarchie (1940) / Peinture
BONA (de Mandiargues) : La Cafarde (1967) / Récit
BRIDGWATER, Emmy : Cause éloignée d'une lutte infinie (1940) / Peinture
CAHUN, Claude : Aveux non avenus (1930) / Recueil de poèmes
CARRINGTON, Leonora : A l'Auberge du cheval de l'aube (1938) / Peinture, Le cornet acoustique (1974)/ Conte
COLQUHOUN, Ithell : Gouffres (1939) / Peinture
FINI, Leonor : L'Alcôve, intérieur avec 3 femmes (1939), Petit sphinx ermite (1948)
HUGO, Valentine : Rêve du 21 décembre (1929), Le Harfang des neiges (1932) / Peinture
KERNN-LARSEN, Rita : Somnambule (1936), Et la vie à nouveau (1940) / Peinture
OPPEHEIM, Meret : L'oreille de Giacometti (1933), Le Déjeuner en fourrure (1936) / Objets surréalistes
PAILTHORPE, Grace : La grive tâchetée (1942), Vol de minuit (1930) / Peinture
PENROSE, Valentine : Dons des féminines (1951) / Collages
PRASSINOS, Gisèle : La Sauterelle arthritique (1935), Le Feu maniaque (1939) / Recueil de poèmes en écriture automatique
RAHON (Paleen), Alice : Cristaux d'espace (1943) / Peinture
RIMMINGTON, Edith : Oneiroscopiste (1942) / Peinture
SAGE (Tanguy), Kay : J'ai vu 3 villes (1944), Le 1er mars les corbeaux commencent leur recherche (1947) / Peinture
TANNING (Ernst) Dorothea : Les petites amoureuses (1951) / Peinture
TOYEN : La Tanière abandonnée (1937), Cache-toi, Guerre! (1944) / Peinture
VARO, Remedios : Marionnettes végétariennes (1938), La naissance des oiseaux (1958) / Peinture
ZÜRN, Unica : Sombre printemps (1971), L'Homme Jasmin (1970) / Récits

samedi 30 avril 2016

Les murs l'ont dit : glane d'avril

Des images, glanées en avril sur les murs de Poitiers, qui nous parlent de poils, de dégout, des droits des femmes, de capitalisme, de révolte, bref, peut-être, du temps présent.